À Paris, le salaire médian est d’environ 2 500 euros net par mois. Le prix moyen au m² tourne autour de 9 500 euros. Pour un 50 m², il faut environ 475 000 euros.
Avec un apport de 10 % et un crédit sur 25 ans, la mensualité dépasse 1 800 euros. C’est 72 % du salaire médian. Les banques prêtent jusqu’à 35 % d’endettement.
La conclusion est simple : avec un salaire médian, on ne peut plus acheter à Paris.
Ce que les taux ont changé
Il y a dix ans, les taux étaient à 2 %. Aujourd’hui ils sont à 4 %. Sur un même bien, la mensualité a augmenté de 30 % à budget égal. Et les prix n’ont pas baissé dans les mêmes proportions. La durée moyenne des crédits a explosé — 23 ans 10 mois en 2025 selon la Banque de France, contre 21 ans en 2015.
Les trois profils qui achètent encore
Trois profils dominent le marché parisien aujourd’hui. Les double-revenus — deux salaires qui se cumulent pour passer le seuil d’endettement. Les héritiers — ceux qui reçoivent un apport familial significatif. En France, 40 % des primo-accédants reçoivent une aide familiale selon l’INSEE. Les investisseurs — qui achètent pour louer et calculent sur le rendement, pas sur leur salaire.
Le quatrième profil — le salarié seul qui achète sa résidence principale à Paris avec son seul salaire — est en voie de disparition.
Ce que ça fait au marché
Quand les acheteurs naturels disparaissent, le marché ralentit. Les biens restent plus longtemps. Les vendeurs baissent les prix. Ou ils ne vendent pas. C’est exactement ce qu’on observe depuis 2022. Le volume des transactions a chuté. Les délais de vente s’allongent. Les marges de négociation remontent.
Paris n’est pas devenu inabordable du jour au lendemain. C’est un glissement progressif depuis vingt ans. Mais depuis 2022, le glissement est devenu une rupture.
La tension sur le marché locatif est encore plus extrême. J’en parle dans Le marché locatif parisien : pourquoi c’est devenu ingérable. Et si vous êtes propriétaire, estimez votre bien — le marché a évolué plus vite que beaucoup ne le pensent.